Passione / Romeo Castellucci

Staatsoper Hamburg ClassicAll 113

{{comments.length}} Chapitrage(s)

  • {{formatTimestamp(comment.timestamp)}} {{comment.content}}
    delete save cancel
You can skip this ad in 15 sec or switch to premium for a "no ads" experience. {{countDown}} seconds remaining
Skip ad

Vous pourriez aussi aimer

logo 4K
{{doc.forte}}

{{doc.title}}

{{doc.artistNames}} Premium

Johann Sebastian Bach: Matthäus-Passion BWV244

Evangelist: Ian Bostridge
Soprano 1: Hayoung Lee
Soprano 2: Christina Gansch
Alto: Dorottya Láng
Ténor: Bernard Richter
Jesus/Basse: Philippe Sly

Direction musicale: Kent Nagano
Conception, Mise en espace, Décors, Costumes et Lumière : Romeo Castellucci
Collaboration  artistique: Silvia Costa
Collaboration décors: Maroussia Vaes
Dramaturgie: Piersandra di Matteo
Chef des Chœurs: Martin Steidler

Philharmonisches Staatsorchester Hamburg
Audi Jugendchorakademie
 

Romeo Castellucci et Kent Nagano proposent une inspirante et inspirée Passion selon saint Matthieu de Bach produite par l’Opéra de Hambourg. La pièce s’offre comme une bouleversante méditation plastique et performative sur l’inexorable vanité de l’existence humaine.

Sous la voûte du bâtiment central des Deichtorhallen, espace dédié aux arts devenu, pour l’occasion, immense cathédrale de fer et de voiles, les nombreux solistes, musiciens, figurants et serviteurs de plateau ont revêtu des tenues d’une blancheur immaculée évoquant l’angélisme d’un paradis céleste autant que la froideur d’un univers hospitalier. La scène se présente justement comme un lieu d’oscultation des corps et des âmes, l’homme y étant crûment exposé sous une lumière clinique et zénithale à la fois et mis à nu dans toute sa vulnérabilité.

A l’instar du Christ peint par Messine, témoin muet et imposant d’une humanité démunie dans Sur le concept du visage du fils de Dieu, la religion n’est jamais trop éloignée du théâtre de Castellucci. Alors que l’artiste italien s’attaque pour la première fois à une œuvre véritablement sacrée, il n’a étonnamment pas recours à l’imagerie chrétienne mais propose, en lieu et place d’une illustration littérale faite de bondieuseries conventionnelles et désuètes, des équivalences contemporaines chocs aux éléments les plus emblématiques revisités dans un esprit matérialiste mais non dépourvu de spiritualité. Un agneau pascal se vide de son sang sur un calice sacré, la couronne d’épines est taillée dans du fil barbelé, un linge médical taché figure le linceul, la sainte croix est formée de tubes médicaux irrigués d’un produit chimique rouge veineux. Jésus prend le visage d’une foule d’individus ordinaires et pluriels. Hommes et femmes, jeunes ou vieux, blancs ou noirs, tous en jeans, se suspendent chacun leur tour à une barre fixe pour mimer la crucifixion.

Souvent controversé, Castellucci ne met pas en scène la Passion mais en livre plutôt une évocation, radicale, distanciée, réflexive, parfois aride, énigmatique. Il explore la capacité de l’homme à construire et détruire, à croire en le progrès de la science comme moyen à la fois grisant et effrayant d’appréhender sa finitude et dépasser sa condition.

Dans un rapport à la fois étale et cyclique au temps et à travers une succession de tableaux vivants, défilent la carcasse d’un bus touristique accidenté, la souche d’un arbre géant dénudé de ses branches et feuilles, un monolithe fendu en deux, une femme priante sanglée dans un sarcophage, deux lutteurs sur tatami, des techniciens de surface, enfin, un homme d’âge mûr à la barbe fournie, privé de ses jambes suite à un accident de travail, chemine lentement et sans prothèse sur ses moignons, aidé de son bâton de pèlerin. Cette Passion, qui travaille, éprouve, l’humain et son rapport aux éléments, se clôt sur les traits grimaçants d’un masque Munchéen criant toute l’angoisse, la douleur et la désolation humaines.

Kent Nagano à la tête de l’orchestre philharmonique de la Staatsoper Hamburg, offre une interprétation plane et chaleureuse de l’oeuvre de Bach, profondément habitée d’une radieuse sérénité et d’un caractère méditatif prononcé. Les chœurs subtils et cristallins vont dans le même sens. Ian Bostridge possède la couleur et la projection idéales pour interpréter son rôle d’évangéliste et use d’un fort sens de l’expression dramatique pour compenser certaines difficultés dans l’aigu souvent tendu voire crié. Des solistes, convaincants dans l’ensemble, se distingue également le Jésus juvénile de Philippe Sly, à la belle voix sombre de basse plus suave que caverneuse.

Comme lors d’une combustion chimique (qu’affectionne particulièrement Castellucci), toutes les forces en présence portent avec talent et conviction cette version très originale de la Passion qui stimule, bouscule autant l’intellect que la sensibilité du spectateur.

 

La Passion selon saint Matthieu (BWV 244) (en latin Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Evangelistam Matthaeum, c'est-à-dire en français Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon l'Évangéliste Matthieu, connue en allemand sous le nom de Matthäus-Passion), est un oratorio de Johann Sebastian Bach (en français Jean-Sébastien Bach) exécutée probablement pour la première fois le Vendredi saint 1727, c'est-à-dire le 7 avril 1727. Elle a été remaniée deux fois. La troisième version, définitive, a été créée en 1736. La Passion, partition monumentale en deux parties, dont l'exécution dure environ 2 heures 45, compte parmi les grandes œuvres de la musique baroque.

La Passion, d'inspiration protestante luthérienne, est écrite pour des voix solistes, un double chœur (chœur divisé en deux groupes indépendants) et deux orchestres. Elle allie deux éléments : le texte de l'Évangile et les commentaires. La sobriété relative, très dynamique, de récitatifs chantés par l'Évangéliste, dans lesquels interviennent fréquemment les protagonistes du drame (les personnages impliqués dans l'action ainsi que la foule - turba -, représentée par le chœur, à l'antique), fait donc alterner comme sur une scène de théâtre, le chant soliste et des épisodes choraux très puissants et expressifs. Des arie da capo (airs à reprise), également chantés par les voix solistes, reviennent sur chaque moment important. De nombreux chorals luthériens, magnifiquement harmonisés par Bach, installent le tout dans la liturgie protestante du jour de la Passion (le Vendredi saint). Pour des raisons aussi bien dramatiques que liturgiques, Bach fait parfois s'entremêler ces éléments, dans une rencontre entre différents plans, ou comme des liens qu'il établit entre le ciel et la terre.

La compassion, la passion pour l'autre, et l'abandon à la douleur constituent l'idée maîtresse de l'œuvre. Qu'elles soient de joie ou de peine, amères ou libératrices, toute l'œuvre paraît baigner dans les larmes : cf. par exemple le célèbre air d'alto, très italien (Erbarme dich, mein Gott, « Aie pitié, mon Dieu », no 47), chanté après que l'apôtre Pierre, sous l'emprise de la peur, a renié trois fois le Christ, et s'est mis à « pleurer amèrement » (fin du récitatif de l'Évangéliste : « und weinete bitterlich »), au souvenir de l'annonce qui lui avait été faite, par le Christ, de ce reniement.

Bach a composé également une Passion selon saint Jean, qui est donnée plus fréquemment : elle est plus courte et ne nécessite qu'un seul chœur au lieu de deux. Bach avait apparemment le projet d'écrire quatre Passions correspondant aux différents récits, par les quatre Évangélistes, de la dernière Cène (repas) et de l'institution de l'Eucharistie, de l'arrestation, de la condamnation à mort et de la Crucifixion de Jésus.

Les présentations eurent lieu en l'église Saint-Thomas de Leipzig où Bach fut maître de chapelle de 1723 à sa mort en 1750. Plusieurs interprétations ont été données dans ce même lieu, respectivement le 11 avril 1727, le 15 avril 1729, le 30 mars 1736 et le 23 mars 1742. À chaque fois, elles y reçurent un mauvais accueil. Leipzig était une cité protestante (luthérienne) marquée par un piétisme qu'on pourrait imaginer hostile aux effets dramatiques et à la puissance d'émotion de cette musique. Mais on aurait tort car Bach lui-même était un ardent piétiste2 (et donc un partisan de ce courant philosophique qui privilégie le sentiment de piété individuelle)3 et la principale raison est en fait à l'inverse : pour les employeurs de Bach, son art, largement polyphonique et contrapuntique, représentait surtout le passé4… Nous le percevons tout autrement : chez lui en réalité, les traditions d'écriture issues de l'époque médiévale se mêlent constamment aux conceptions italianisantes propres à l'ère baroque, synthétisant ainsi plusieurs siècles de musique européenne, ce qui pouvait dérouter des oreilles ou des esprits trop ancrés dans le présent. Bach mettait les deux esthétiques - passablement opposées - au service de son œuvre et des différents chemins qu'elle emprunte, "Soli Deo Gloria" ("À la gloire de Dieu seul"), selon la formule luthérienne qu'il reprenait couramment pour signer sa musique.

Comme bien d'autres œuvres, la partition ne sera redonnée qu'un siècle plus tard, le 11 mars 1829, dans ce cas grâce aux efforts de Felix Mendelssohn qui dirigea l'Académie de Chant de Berlin, et entraîna une redécouverte durable de Bach.

Au XXe siècle, la Passion fut donnée et enregistrée par des chœurs et des orchestres dirigés par les plus grands chefs, Wilhelm Furtwängler, Karl Richter, Herbert Karajan, Otto Klemperer, Hermann Scherchen, Michel Corboz, Nikolaus Harnoncourt, Gustav Leonhardt, Willem Mengelberg, Helmuth Rilling, Georg Solti, John Eliot Gardiner, Frans Brüggen, Philippe Herreweghe, Masaaki Suzuki, et au XXIe siècle par Riccardo Chailly, Kurt Masur, René Jacobs et plusieurs autres, proposant des nuances d'interprétations intéressantes.

Cette partie est une invitation à écouter la Passion en comprenant comment elle est faite. Elle permet de comprendre les étapes de la création qui ont donné à l'œuvre son aspect final. Le conseil à donner est d'écouter la Passion selon Saint Matthieu tout en gardant en face de soi le tableau coloré de la sous-section "Structure de la Passion en couleurs"
Le récit des dernières heures et de la mort du Christ mis en musique

La Passion selon saint Matthieu est avant tout un ensemble de textes entendus au cours d'un office, qui décrivent ou commentent une action. L'art mis en œuvre est donc d'inspiration religieuse (et même directement liturgique) et lyrique.

Le texte principal existait depuis les débuts du christianisme. C'est le récit du dernier repas, de l'arrestation, du jugement, de la condamnation à mort et de la crucifixion de Jésus, le Christ, ainsi qu'il est constamment nommé dans l'œuvre. Ce récit est tiré de la fin de l'Évangile selon Matthieu, plus exactement les chapitres 26 et 27. Le chapitre 28, le dernier, n'a pas été retenu. Il va sans dire que Bach a, à son tour, médité et interprété à sa manière l'ensemble de ces textes pour pouvoir les mettre en musique.
La base : un récitatif chanté

Puisque, dans le cadre d’un office religieux, Bach ne pouvait pas faire entendre le texte de la Passion comme sur un théâtre, il adopte la forme d’un drame sonore, un oratorio, sorte d’opéra pour l’église (ou, à tout le moins, de scène liturgique), sans réellement de mise en scène. Dans le cas présent, ce genre musical doit amener à méditer sur les dernières heures de la vie de Jésus, présenté, tout au long du texte, comme ayant une nature à la fois humaine et divine.

Le texte de l’Évangile de Matthieu, tient en six pages (dans une traduction allemande du grec) et il est en prose. Bach a choisi de le restituer intégralement. Il le confie à un même chanteur (l’« Évangéliste »), sur une ligne musicale qui met constamment l’accent sur tel ou tel mot ou sur telle ou telle nuance du récit et met ainsi en valeur chaque détail de l’action. Les personnages (ou groupes de personnages) qui sont évoqués peuvent intervenir à leur tour. C’est le principe du récitatif. Selon la dynamique du moment, le chant peut être simplement soutenu ou ponctué d’accords du continuo, presque obligatoirement présent (violoncelle, orgue ou - plus rarement choisi car il s’agit de musique religieuse - clavecin), auquel Bach peut ajouter un élément extérieur, les cordes de l’orchestre : ces différents épisodes s’opposent, avec souplesse et rapidité. Tout cela contribue évidemment à faciliter l’écoute. On s’aperçoit en fait qu’elle est loin d’être ardue. Elle peut être encore plus aisée si on s’initie un peu à l’allemand et, bien sûr, au sens d’un des écrits fondateurs du christianisme. Comme tout compositeur baroque, Bach est très attaché à la signification du texte qu’il se propose de faire chanter, et qu’il va donc traduire musicalement au plus près des mots et de ce qu’ils transmettent. Dans le discours (la rhétorique) baroque, texte et musique sont toujours intimement liés. Un exemple caractéristique, et surprenant, est l’insistante appoggiature qui termine l’œuvre : le si longuement superposé au do, faisant dissonance avant résolution, symbolise la pierre qui referme lentement le tombeau (à la fin du dernier chœur, à l'orchestre).

Staatsoper Hamburg

Le Hamburgische Staatsoper (Opéra d'État de Hambourg) avec son orchestre le Philharmonique de Hambourg (auparavant "Orchestre philharmonique d'État de Hambourg") est un des plus illustres opéras du monde. Son histoire remonte à plus de 300 ans, son lointain ancêtre étant l'Oper am Gänsemarkt de 1678 à 1738.

La salle actuelle d'une capacité de 1690 places, a été achevé en 1953 à l'emplacement du vieux théâtre construit par Karl Friedrich Schinkel, détruit par la guerre, et bénéficie d'une acoustique et visibilité exceptionnelles.

De 1891 à avril 1897, Gustav Mahler a succédé à Hans von Bülow à la direction de l'opéra. Au XXe siècle de nombreux chefs d'orchestre renommés ont été engagés pour assurer la haute qualité des spectacles : Otto Klemperer, Eugen Jochum, Karl Böhm, Charles Mackerras, Marek Janowski, Christoph von Dohnanyi, Hans Zender, Gerd Albrecht et Ingo Metzmacher.

Placido Domingo a beaucoup chanté sur cette scène depuis 1967 (notamment son premier Otello sous la direction du jeune James Levine en 1975), et des chanteurs tels que Martha Mödl, Anneliese Rothenberger, Franz Grundheber, Kurt Moll, Hans Sotin et Hanna Schwarz ont fait partie de la troupe.

Depuis 2005, la chef d'orchestre australienne Simone Young est directrice générale de l'opéra.

L'opéra héberge le Ballet de Hambourg dirigée depuis 1973 par John Neumeier.

  • Große Theaterstraße 25, 20354 Hamburg, Allemagne
  • web

Romeo Castellucci

Romeo Castellucci (né le 4 août 1960 à Cesena) est un metteur en scène, homme de théâtre, plasticien et scénographe italien, l'un des plus en vue du théâtre d'avant-garde en Europe à partir des années 1990, qui a créé, depuis une trentaine d'années, toute une série de spectacles où il intervient en tant qu'auteur, metteur en scène, scénographe, créateur de l'éclairage, du son et des costumes.
Romeo Castellucci au Teatro Comunale di Bologna

Diplômé des beaux-arts en scénographie et en peinture à l'issue de ses études à Bologne, Romeo Castellucci fonde en 1981, avec sa sœur Claudia et Chiara Guidi, à Cesena, en Émilie-Romagne la Socìetas Raffaello Sanzio (it), considérée comme « expérimentale », qui s’appuie sur la conception d'un théâtre intense, d'une forme d’art réunissant toutes les expressions artistiques et s'est affirmée, à partir du milieu des années 1980 et surtout dans les années 1990 en Italie et en Europe, comme l'une des composantes les plus radicales du théâtre italien contemporain.

S'inscrivant dans la continuité du « Théâtre de la cruauté » imaginé par Antonin Artaud, les spectacles de la Socìetas Raffaello Sanzio sont des spectacles dits « de théâtre » dans lesquels le texte s’efface souvent au profit de l'image et des sons, traités et proposés dans leurs aspects les plus radicaux et exacerbés. Leurs propositions théâtrales mêlent l'artisanat théâtral d'antan à des technologies de pointe et allient des trouvailles visuelles, sonores et même olfactives, pour créer des spectacles d'où la place du texte tend à s'estomper face à celles des corps. D'une esthétique parfois outrancière, mais toujours maîtrisée, ces spectacles peuvent difficilement être comparés à autre chose qu'eux-mêmes et, par leur côté provocateur, ne laissent jamais les spectateurs indifférents.

En janvier 2002, Romeo Castellucci lance un vaste projet intitulé Tragedia Endogonidia. Il s'agit d'un système de représentation ouvert dans lequel la pièce se transforme au fil du temps et selon le parcours géographique et les lieux où elle est présentée. À chaque stade de sa transformation, le titre de la pièce intègre un numéro d'ordre, le nom de la ville traversée, et le qualificatif d'« épisode. » Dans ce projet, comportant onze épisodes, créés jusqu'en 2004 notamment à Cesena, Avignon, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Rome ou Marseille, Romeo Castellucci s'interroge sur les conditions de la tragédie contemporaine, à travers la situation du spectateur, et met en scène des thèmes comme l'anonymat des personnages, l'alphabet, la loi, l'âpreté du rêve et la ville.

En 2003, il est nommé directeur de la section « théâtre » de la 37e édition de la Biennale de Venise (2005), dont le titre était « Pompéi, le roman des cendres. » Dans sa programmation, il a cherché à faire ressortir un art dramatique souterrain, enfoui sous les cendres, et à favoriser un art essentiellement plastique, où le texte même prend valeur matérielle.

En France, Romeo Castellucci vient pour la première fois au Festival d'Avignon en 1998 avec Giulio Cesare d'après Shakespeare. Les années suivantes, il y est à nouveau invité avec Voyage au bout de la nuit, un « concerto » d'après Céline (1999), Genesi (2000). Par la suite, le festival d'Avignon accueille le second « épisode » de la Tragedia Endogonidia avec A.#02 Avignon en 2001 avant de reprendre les deux « épisodes » suivants B.#03 Berlin et Br.#04 Bruxelles en 2005. Il présente encore Hey girl ! en 2007.

En 2008 Romeo Castellucci est « artiste associé » du Festival d'Avignon et il crée trois pièces inspirées par La Divine Comédie de Dante : Inferno dans la Cour d'honneur du Palais des papes, Purgatorio à Châteaublanc et Paradiso à l'Église des Célestins.

Toujours, en 2008, il propose une performance intitulée Storia dell’Africa contemporanea Vol. III, créée dans le courant de l'été à Cesena, en Italie, dans laquelle il se met lui-même en scène de façon radicale dans un rituel terriblement humain, qui sera ensuite présentée notamment en mai 2009, lors du Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, en Belgique, puis en novembre au festival Mettre en scène, organisé par le Théâtre national de Bretagne, en France.

En 2011, sa pièce Sul concetto di volto nel figlio di Dio (« Sur le concept du visage du fils de Dieu »), présentée au Festival d'Avignon au mois de juillet 2011, met en scène un homme jetant des excréments sur le visage du Christ. Jugée « blasphématoire » par l'évêque de Vannes, Mgr Raymond Centène, et des mouvements intégristes catholiques, elle occasionne, à l'automne 2011, des manifestations devant le Théâtre de la Ville à Paris où elle est représentée, marquées par plusieurs débordements et arrestations. Les manifestants, souvent membres d'associations religieuses, essaient d'empêcher la représentation de la pièce en argumentant que la « démarche [de l'auteur est] profondément contestable sur les plans moral et esthétique. »

  • Metteur en scène

Kent Nagano

Kent Nagano est réputé pour ses interprétations empreintes de clarté, d’élégance et d’intelligence. Il est tout aussi à l’aise avec le répertoire des époques classique, romantique que contemporaine, présentant à des publics du monde entier des musiques nouvelles ou revisitées, et leur offrant une vision nouvelle du répertoire établi. Depuis septembre 2006, il est le directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal, un contrat renouvelé jusqu’en 2020. Il est également devenu le conseiller artistique et le premier chef invité de l’Orchestre symphonique de Göteborg en septembre 2013. En 2015, il accédera au poste de directeur musical général de l’Opéra d’État et de l’Orchestre philharmonique de Hambourg.

L’un de ses événements marquants à la barre de l’Orchestre symphonique de Montréal fut l’inauguration de la nouvelle résidence de l’Orchestre, la Maison symphonique de Montréal, en septembre 2011. Avec l’OSM, il a interprété les cycles complets des symphonies de Beethoven et de Mahler, Gurre-Lieder de Schönberg, des versions concert de Tannhäuser, Tristan et Isolde et L’Or du Rhin de Wagner, Jeanne d’Arc au bûcher de Honegger, Saint François d’Assise de Messiaen et une série de concerts mettant en lumière des œuvres de Dutilleux (en 2010-2011) et de Boulez (en 2011-2012). Avec l’Orchestre, Kent Nagano a effectué une tournée pancanadienne ainsi que des tournées au Japon, en Corée du Sud, en Europe et en Amérique du Sud. En mars 2014, ils effectueront une tournée d’envergure en Europe, donnant des concerts à Zurich, Berne, Genève, Vienne, Madrid, Oviedo, Cologne, Essen et Munich. Parmi leurs enregistrements, mentionnons L’Idéal de la Révolution française (qui a remporté un prix Juno), la Symphonie no 5 de Beethoven, des chants avec orchestre de Mahler avec Christian Gerhaher et les Concertos pour piano nos 4 et 5 de Beethoven. En plus des Symphonies nos 1 et 7 de Beethoven lancées en mars 2014, les Symphonies nos 3, 6, 8 et 9 de Beethoven sont aussi parues dans le cadre de l’enregistrement de l’intégrale des symphonies du compositeur sur étiquette Sony Classical/Analekta.

Au Bayerische Staatsoper, dont il fut le directeur musical général de 2006 à 2013, Kent Nagano a commandé de nouveaux opéras comme Babylon de Jörg Widmann, Das Gehegede de Wolfgang Rihm et Alice in Wonderland d’Unsuk Chin. Ses nouvelles productions comprennent Boris Godounov et La Khovanchtchina de Moussorgski, Idoménée, Eugène Onéguine, Ariane à Naxos, Die Schweigsame Frau (La Femme silencieuse), les Dialogues des Carmélites, Saint François d’Assise, Wozzeck, Written on Skin de George Benjamin et Der Ring des Nibelungen (L’Anneau du Nibelung). Avec le Bayerisches Staatsorchester, Kent Nagano a effectué des tournées en Europe et au Japon, et ils ont enregistré les Symphonies de Bruckner nos 4, 7 et 8. En janvier 2014, Kent Nagano retournait au Bayerische Staatsoper pour diriger une reprise de Babylon de Widmann.

Chef invité très recherché, Kent Nagano a travaillé avec la plupart des meilleurs orchestres au monde, dont les orchestres philharmoniques de Vienne, de Berlin et de New York, le Chicago Symphony Orchestra, la Staatskapelle de Dresde et la Gewandhaus de Leipzig. Il entretient des liens permanents avec Sony Classical et a aussi enregistré sous étiquettes Erato, Teldec, Pentatone, Deutsche Grammophon et Harmonia Mundi, remportant des prix Grammy pour ses enregistrements de Doktor Faust de Busoni avec l’Opéra National de Lyon, de Pierre et le loup avec l’Orchestre national de Russie et de L’Amour de loin de Saariaho avec le Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin.

Les années 2000 à 2006, durant lesquelles Kent Nagano était directeur artistique et chef d’orchestre principal du Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin, constituèrent une très importante période de sa carrière. Il a interprété Moses und Aron de Schönberg avec cet orchestre (en collaboration avec le Los Angeles Opera) et l’a emmené au Festival de Salzbourg pour y présenter Der König Kandaules (Le Roi Candaule) de Zemlinsky et Die Gezeichneten (Les Stigmatisés) de Schreker, ainsi qu’à la Festspielhaus de Baden-Baden pour y interpréter Parsifal et Lohengrin, dans des productions de Nikolaus Lehnhoff. Ses enregistrements avec le Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin sous étiquette Harmonia Mundi comprennent des œuvres aussi diverses que la Messe de Bernstein, les Symphonies nos 3 et 6 de Bruckner, Christus am Ölberge de Beethoven, les Lieder de Wolf, la Symphonie no 8 de Mahler, Die Jakobsleiter et Friede auf Erden de Schönberg, la Symphonie no 4 de Brahms et les Variations pour orchestre opus 31 de Schönberg. En juin 2006, à la fin de son mandat avec cet orchestre, les membres ont décerné à Kent Nagano le titre de chef d’orchestre honoraire. Au cours des 60 ans d’existence du Deutsches Symphonie-Orchester, il n’est que le deuxième récipiendaire de cet honneur.

Kent Nagano est devenu le premier directeur musical du Los Angeles Opera en 2003, après avoir occupé le poste de premier chef de cet orchestre pendant deux ans. Au sein d’autres opéras, il a notamment dirigé Le Nez de Chostakovitch (Staatsoper de Berlin), Le Coq d’or de Rimski-Korsakov (Châtelet, Paris), Cardillac de Hindemith (Opéra National de Paris), les Dialogues des Carmélites (Metropolitan Opera), et au Festival de Salzbourg, Les Contes d’Hoffmann, Le Roi Candaule de Zemlinsky, Les Stigmatisés de Schreker et la création mondiale de L’Amour de loin de Saariaho. Parmi ses autres créations mondiales, mentionnons A White House Cantata de Bernstein et des opéras de Peter Eötvös (Trois Sœurs) et de John Adams (The Death of Klinghoffer et El Niño).

Né en Californie, Kent Nagano entretient des liens étroits avec sa patrie et fut directeur musical du Berkeley Symphony Orchestra de 1978 à 2008. Il a passé ses jeunes années professionnelles à Boston, y travaillant à l’opéra et comme chef d’orchestre adjoint de Seiji Ozawa, au Boston Symphony Orchestra. Il a joué un rôle clé dans la création mondiale de l’opéra Saint François d’Assise de Messiaen à la demande du compositeur, qui est devenu un mentor et qui lui a même légué son piano. Le succès de Kent Nagano en Amérique a suscité ses nominations en Europe : directeur musical de l’Opéra National de Lyon (1988-1998) et directeur musical de l’Orchestre de Halle (1991-2000).

Prix et distinctions

Récipiendaire d’un doctorat honorifique de l’Université McGill et de l’Université de Montréal, maestro Nagano s’est également vu remettre le titre de citoyen d’honneur en 2007. Il a reçu en 2008 l’Ordre du soleil levant, la plus prestigieuse décoration remise par le gouvernement japonais à un non-Japonais. En 2013, il a été nommé Grand Montréalais par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en plus d’avoir reçu l’insigne de grand officier de l’Ordre national du Québec.

  • Chef d'orchestre
  • web

Votre réaction