Pierre Henry / Dracula

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Pierre Henry: Dracula, d'après Richard Wagner et Edgard Varèse
Version pour orchestre sonorisé et orchestre de haut-parleurs

Le Balcon
Maxime Pascal, direction

La démarche de Maxime Pascal et de son ensemble Le Balcon est entièrement basée sur une approche sonorisée de la musique. Après Richard Strauss, Stockhausen, Berlioz,  il était normal que le jeune chef rencontre Edgar Varèse et Pierre Henry, deux pionniers de la musique électroacoustique, et les associe. Eux-mêmes le furent pour la création de Déserts, la première pièce au programme de ce concert, dont le second avait réalisé la bande magnétique. Cette œuvre fondatrice, créée en 1954 avec le retentissement que l'on sait, parait désormais bien classique à plus de soixante ans de distance. Les trouées bruitistes de la bande-son nous semblent moins agressives qu'elles ne le furent sans doute aux auditeurs de la première et restent plutôt comme le souvenir adouci et lointain d'une ère industrielle révolue. L'alternance de musique instrumentale et de séquences électroacoustiques donne l'étrange impression que l'orchestre lui-même, à l'instar des auditeurs, en est réduit au rôle d'auditeur et doit se mettre à l'écoute des intrusions de la bande magnétique puis renchérir sur elle à chaque fois que la parole lui est rendue. Le Balcon en donne une interprétation de haute tenue avec des cuivres somptueux et des percussions diligentes.

Avec le Dracula de Pierre Henry, la démarche change de visée et dépasse la simple interprétation. Dans cette pièce originellement conçue pour deux bandes magnétiques superposées, Pierre Henry utilisait la musique de Wagner comme support et liant d'une partition purement électroacoustique, travaillée dans l'optique de la musique concrète, en vue de créer selon ses propres mots  une sorte de « film sans images » traversé par le bruit du vent, celui de la nuit et les réminiscences des films de Terence Fischer et du Nosferatu de Murnau. Le compositeur y triturait via le montage et le mixage les leitmotivs de la Tétralogie (sommeil de Fafner, fuite de Siegmund, chant du printemps, et tant d'autres), en approfondissant le caractère obsessionnel et la fascination hypnotique. Maxime Pascal a eu l'idée de faire retranscrire pour orchestre cette « vampirisation » et de l'associer à la bande-son d'origine. Le résultat est proprement époustouflant, surtout quand la nouvelle partition inverse les rôles et confie à l'orchestre la partie bruitiste réservant à la bande magnétique la partie musicale. Le travail de projection du son réalisé en direct fait de cette interprétation une véritable performance qui constitue une sorte de double hommage à Pierre Henry et à Wagner. De la musique puissance 3 en quelque sorte qui est à la fois une exaltation du génie des deux compositeurs.

On se prend à penser devant l'engagement et l'extraordinaire gestique que réclame la direction de cette œuvre de « troisième main » hautement virtuose que Maxime Pascal, au parcours décidément très original, pourrait bien à l'instar d'un autre pionner de la musique contemporaine, un certain Pierre Boulez, devenir un grand chef du répertoire du XIXe siècle. À preuve cette symphonie de Mahler réécrite pour ensemble de chambre sonorisé par Joël Lasry qu'il doit très bientôt aborder dans le cadre du festival de Saint-Denis et dont son complice Florent Derex assurera la projection sonore, apportant au vieux répertoire une bonne dose de sang neuf pour qu'il survive.

Théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet

Inauguré en 1896 et classé Monument historique, l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet compte parmi les plus belles salles à l'italienne de Paris. Aux richesses architecturales du théâtre s’ajoute un inestimable patrimoine artistique marqué par la figure de Louis Jouvet qui a dirigé le théâtre de 1934 à 1951.

L’Athénée est subventionné par l'Etat depuis 1982, et dirigé par Patrice Martinet, fondateur du festival Paris quartier d'été, depuis 1993. Son projet donner à entendre, dans une salle aux résonances exceptionnelles, de grands textes des répertoires théâtral et lyrique, dans des mises en scène innovantes, parfois insolentes, et des créations contemporaines, toujours dans le souci de les rendre accessibles à un public aussi large que possible. Ses mots d'ordre : qualité littéraire et prééminence du jeu de l'acteur ou bien : des textes et les voix qui les portent ! De nombreux concerts et récitals prennent également place dans cette salle à l’acoustique remarquable.

Patrice Martinet est à l'initiative de deux importantes campagnes de travaux (en 1996 puis en 2015-2016) visant à retrouver tant la splendeur de l’architecture et du décor qu'un équipement scénique remis en état et capable de mieux servir encore la création théâtrale. La dernière campagne a notamment permis de moderniser et agrandir la fosse d’orchestre.

Patrice Martinet a enseigné la littérature française, rejoint le Ministère des Affaires étrangères, fondé le festival Paris quartier d'été, le festival Milano Musica, l'association des théâtres à l'italienne. Il a vécu en France, aux Etats-Unis, en Roumanie, aux Pays-Bas, en Italie (10 ans).


HISTOIRE DU THEATRE

Au commencement était l'Éden-Théâtre, lieu mythique, édifice colossal bâti rue Boudreau au début des années 1880 selon une esthétique naïve de temple hindou, un bazar des mille et une nuits tout à la fois féerique et exotique, « prodige d'originalité, de magnificence et de confortable » selon les termes d'un chroniqueur de l'époque. Lieu fabuleux, impossible théâtre, l'Éden ne dure pas. Une série de métamorphoses et de réaménagements conduisent peu à peu au démantèlement de ce que l'on a surnommé « le gouffre de la rue Boudreau ». Plusieurs fois fermé, transformé, rebaptisé un temps Grand-Théâtre, l'Éden finit par disparaître.

Un autre théâtre pourtant prolonge la généalogie du lieu. À sa manière, en plus petit, en plus intime. L’actuel Athénée, dont la salle est aménagée en 1893 dans l'un des foyers de l'Éden, s'ouvre au public, la même année, sous le nom de Comédie Parisienne.

L'inauguration définitive du lieu sous le nom d'Athénée a lieu en 1896. Année qui figure sur le fronton du théâtre. C'est également en 1896 que s'est produite la dernière grande transformation du bâtiment : le report de la façade de la rue Boudreau sur le square de l'Opéra, qui devient en quelque sorte le premier vestibule du théâtre. Dans l'idée, sans doute, de renforcer par ce nouvel accès retranché de l'agitation urbaine des rues environnantes, l'intimité du lieu théâtral. Environ un siècle après l'aménagement de l'Athénée sur l'emplacement d'un paradis perdu, subsistent encore quelques traces au-dessus de la coupole de la salle : un plafond décoré de motifs indiens, rouges, noirs et bruns, derniers vestiges incongrus et émouvants de l'Éden-Théâtre.

Aux richesses architecturales de l'Athénée s'ajoute un inestimable patrimoine artistique : la figure de Louis Jouvet qui dirigea ce théâtre de 1934 à 1951, date de sa mort, a profondément marqué un lieu qui lui rend hommage en portant son nom. Ce grand acteur populaire, chéri du cinéma, était avant tout un homme de théâtre.

De cet art, avant de devenir le metteur en scène et le comédien que l'on sait, Louis Jouvet aura exploré tous les recoins : machiniste, costumier, accessoiriste, peintre et éclairagiste. Rien d'étonnant de la part de celui qui se plaisait à dire que « l'humble connaissance de la pratique est le chemin le plus sûr pour aller à la vérité ». La leçon d'exigence d'une personnalité sans concession, qui aura su défendre tant la création contemporaine (Giraudoux) que la redécouverte des classiques (Molière, Corneille.), et dont l'ombre habite toujours la salle à l'italienne qu'il aima entre toutes. Le rapport intime qu'offre ce type de salle entre la scène et les spectateurs aura influencé sa manière de faire du théâtre. Il créa notamment L'Ecole des femmes avec la complicité de l'artiste plasticien Christian Bérard qui inventa le décor des « murs ouvrants » permettant de représenter à la fois les murs de la maison d'Agnès et le jardin et la place publique où se déroule une bonne partie de l'action.

Dans les années qui suivent la disparition de Louis Jouvet, d'autres grandes personnalités ont investi, l'espace d'un ou plusieurs spectacles, le plateau de l'Athénée : Peter Brook, Jean Vilar, Claude Régy, Matthias Langhoff, et des acteurs comme Pierre Brasseur, Maria Casarès et Jeanne Moreau. Puis, la direction novatrice et éclectique de Pierre Bergé, entre 1977 et 1981, voit l'ouverture, sous les combles de l'Athénée, d'une petite salle baptisée du nom de Christian Bérard et consacrée principalement au théâtre d'essai. Avec les Lundis Musicaux, il donne à entendre les plus belles voix lyriques de notre temps. Plus de 250 soirées prestigieuses pour des récitals de : Ruggero Raimondi, Felicity Lott, Barbara Hendricks, José Van Dam, Jessye Norman, Kiri Te Kanawa, Montserrat Caballe… Côté théâtre il reçoit Antoine Vitez, Jean Marais, Pierre Dux, Delphine Seyrig, Sami Frey.

En 1982, Pierre Bergé alors directeur de l’Athénée théâtre privé en offre la tutelle au Ministère de la culture et de la communication. Josyane Horville en prend alors la direction. Elle invite alors des compagnies sans lieu fixe : « le rendez-vous des compagnies subventionnées », tel est le slogan. Place aux jeunes metteurs en scène : Daniel Mesguich, Alain Françon, Christian Rist, Brigitte Jaques. Maria de Medeiros y côtoie Philippe Clévenot. un foisonnement théâtral dont on retiendra, entre autres, le fameux Elvire-Jouvet 40.

 

Maxime Pascal

Né de parents musiciens, Maxime Pascal débute dès ses neuf ans l’apprentissage du piano puis du violon dans sa ville de Carcassonne, avant de le poursuivre à Tarbes et à Bayonne. Il est ensuite admis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans les classes d’écriture et d’érudition. Il ressent rapidement la nécessité de diriger, et s’inscrit dans la classe de direction d’orchestre de François-Xavier Roth. Encore étudiant, il fonde en 2008 l’orchestre Le Balcon (nommé d’après la pièce de Jean Genet), conjointement avec les compositeurs Pedro Garcia-Velasquez, Juan-Pablo Carreño et Mathieu Costecalde, le pianiste chef de chant Alphonse Cemin et l’ingénieur du son Florent Derex. La particularité de cet ensemble orchestral à géométrie variable, particulièrement tourné vers la musique contemporaine, est de faire appel aux techniques de sonorisation. Maxime Pascal, fortement influencé par la reproduction sonore enveloppante des salles de cinéma, souhaite imprimer à la musique un « geste d’augmentation », renforçant ses effets sur des auditeurs englobés dans un spectacle total. Il collabore par exemple avec Pierre Boulez afin de présenter une version sonorisée du Marteau sans maître en 2011. Le théâtre Athénée - Louis Jouvet devient lieu de résidence pour Le Balcon, et accueille une version de concert et sonorisée de l’opéra Ariane à Naxos de Richard Strauss en 2013.
Maxime Pascal est également directeur musical de l’Orchestre Impromptu. Il est en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis septembre 2010. En mars 2014, il est le premier Français à remporter le Young Conductors Award du Festival de Salzbourg, jeune concours de chefs d'orchestre déjà très en vue.

Le Balcon

Le Balcon, fondé en novembre 2008, est un orchestre sonorisé à géométrie variable. Il réunit de nombreux chanteurs solistes, une trentaine d’instrumentistes, des compositeurs, des ingénieurs du son et s’entoure en fonction de ses projets de vidéastes, metteurs en scène et chorégraphes. Le Balcon crée des spectacles naviguant entre la musique d'aujourd'hui, le répertoire classique et les expériences les plus troublantes des musiques actuelles. Il définit ainsi une action musicale qui abolit les frontières entres le public et les interprètes. L'orchestre est sonorisé, en lien avec notre vision du spectacle musical qui doit être une expérience saisissante et radicale pour les auditeurs. Cette notion du spectacle total  nous vient, de l'intégration naturelle pour notre génération du haut-parleur, du cinéma, mais, aussi des opéras de Wagner et Stockhausen.

Le comité artistique du Balcon se réunit autour de son directeur musical Maxime Pascal, de son ingénieur du son Florent Derex, des compositeurs Juan-Pablo Carreño et Pedro Garcia-Velasquez et du pianiste et chef de chant Alphonse Cemin.

Son ouverture vers les jeunes de sa génération et la confrontation des genres, son goût pour les nouvelles technologies et ses liens très forts avec les musiques actuelles le font vite repérer par de nombreuses personnalités du monde musical. Il est ainsi amené à travailler avec des compositeurs tels que Pierre Boulez ou Michaël Lévinas, tout en tissant des liens puissants avec les jeunes créateurs de sa génération comme les compositeurs Marco Suarez-Cifuentes, Arthur Lavandier, le metteur en scène Benjamin Lazar et le vidéaste Nieto. Son travail l’amène à accueillir dans son comité d’honneur Pierre Boulez et Pierre Bergé.

Le Balcon affirme tôt la volonté de parcourir le répertoire vocal scénique et en particulier l’opéra en se libérant des tendances trop directives. C’est ce qui l’a amené à réaliser une version française et sonorisée du Pierrot Lunaire de Schönberg avec la soprano Julie Fuchs. Et, à donner avec la participation de Pierre Boulez et de la Fondation Singer-Polignac où le Balcon est en résidence, la première version sonorisée du Marteau sans Maître, oeuvre qui voisine désormais dans le répertoire de l’ensemble avec celles de Fauré, Strauss ou bien Mahler.

Les opéras de Stockhausen dont l'esthétique très spectaculaire est à l'origine de nombreux aspects artistiques développés par Le Balcon tiennent une place toute particulière dans son répertoire. Il a notamment donné à entendre à Paris plusieurs scènes du cycle Licht comme le Requiem de Lucifer ou le Voyage de Michael autour de la terre. Ce qui l'a amené à remporter en 2013 pour son interprétation d'Examen le premier prix du concours organisé par la Fondation Stockhausen.
 
Le Balcon a également produit une grande série de créations d’opéras avec notamment De la terreur des hommes du jeune compositeur Arthur Lavandier conçu pour l'église Saint-Merry à Paris, l’opéra multimédia L'enfer musical d'Alejandra Pizarnik de Marco Suarez, conçu pour être interprété dans trois salles simultanément et le cinéma-concert Garras de Oro de Juan-Pablo Carreño et Nieto conçu en 2013 pour l'église Saint-Eustache et donné dans le cadre du festival Paris Quartiers d'Été puis repris lors d’une tournée en Colombie.

L'exploration du répertoire lyrique conduit Le Balcon à entrer en 2013 en résidence au Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet, résidence ouverte avec l'opéra Ariadne auf Naxos de Richard Strauss dans un dispositif conçu avec Benjamin Lazar spécialement pour l'Athénée. Elle se poursuit avec plusieurs spectacles en 2014 et 2015 dont notamment l'opéra Le Balcon de Peter Eötvös sur le livret de Jean Genet, Lohengrin de Salvatore Sciarrino, Fête dans le vide de Garcia-Velasquez et Les Quatre chants pour franchir le seuil de Gérard Grisey avec la soprano Julie Fuchs.

Le Balcon reçoit pour l'ensemble de ce travail le soutien de la Fondation Orange pour l'art vocal, son principal mécène depuis 2012 ainsi que celui de la Fondation Singer-Polignac, présente depuis ses débuts.

Il s'est produit dans de nombreux festivals en France et à l'étranger comme le festival Mostra Sonora de Valencia, le festival de Cordes sur- Ciel, la Florida International University de Miami, le festival Musica de Strasbourg, la Hochschule de Stuttgart, la Folle Journée de Nantes, le festival Ars Musica de Bruxelles, le festival de Pâques de Deauville, la Villa Medicis de Rome, le festival Paris Quartier d'été, les Salines Royales d'Arc et Senan, la Grange de Meslay, le festival Nostri Temporis de Kiev en Ukraine, le Festival Manifeste de l'Ircam, l'Académie du Festival d'Aix-en-Provence et le Festival Berlioz à la Côte Saint-André.

Dans le cadre de sa résidence au Festival de St Denis en 2015 et 2016, Le Balcon a conçu une version sonorisée et spatialisée des Vêpres de Monteverdi et va proposer en 2016 le Requiem de Lucifer dans la Basilique. Il a également participé à des concerts de quartier et des concerts scolaires au cours desquels des œuvres de Gesualdo, Monteverdi et Stockhausen ont été interprétées.

Parmi les futurs projets du Balcon, le travail amorcé au cours des saisons passées sur l’œuvre de Stockhausen sera poursuivi pour aboutir à une nouvelle production de l’opéra Donnerstag aus Licht à l’automne 2017.
Le Balcon commencera une série d’enregistrements à l’été 2016 avec une version de la Symphonie Fantastique d’H. Berlioz dans un arrangement  d’Arthur Lavandier.

Le lien avec la création sera également poursuivi avec la création du deuxième opéra d’Arthur Lavandier en coproduction avec l’Opéra de Lille à l’automne 2016.

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