Rémi Durupt / Lucas Genas @ Festival Messiaen 2014

Festival Messiaen au Pays de la Meige ClassicAll 2

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Rémi Durupt et Lucas Genas, percussions

Iannis Xenakis: Rebonds A et B
Gérard Grisey: Stèle, pour 2 percussionnistes
Steve Reich: Piano phase
György Ligeti: Continuum (arr. pour 2 marimbas)
Iannis Xenakis: Psappha
Steve Reich: Nagoya Marimbas

Rémi Durupt et Lucas Genas, deux jeunes interprètes bardés de diplômes, associaient le compositeur des Pléiades à Gérard Grisey (Stèles pour 2 percussionnistes), Ligeti (une transcription aussi inattendue que risquée de Continuum pour deux marimbas) et Steve Reich (Marimba phase et Nagoya Marimba). Ce sont moins les claviers que les peaux et la puissance d’un impact presque toujours fff qui monopolisent l’intérêt de Xenakis dans Rebonds A et B (1987-1989). Rémi Durupt enchaînait les deux pièces avec une puissance et une virtuosité du geste spectaculaires, révélant la violence primitive et la tension obsessionnelle qui les animent. C’est son partenaire Lucas Genas, non moins impressionnant, qui jouait Psappha (1975), une pièce très aboutie où Xenakis explore « la physique du chaos »; écrite pour cinq groupes de percussions dont le compositeur ne précise que la matière et le registre, la pièce se nourrit des contrastes entre les timbres et les matériaux et instaure un long processus d’intensification conduit ce soir par Lucas Genas avec une frénésie qui confinait à la transe.

REBONDS A & B

S'il est un domaine dans lequel l'imagination créatrice de Iannis Xenakis s'est amplement développée, c'est bien celui de la percussion. Des œuvres telles que Persephassa ou encore Nomos Gamma sont là pour en témoigner.

Rebonds est construit en deux grandes sections A et B, dont l'ordre de jeu n'est pas fixé. Elles font appel à un instrumentarium légèrement différent : la première n'utilise que les peaux, alors que la seconde introduit en plus les cinq wood-blocks. Contrairement aux autres œuvres de ce programme, Rebonds fait partie d'un groupe d'œuvres (Pléiades, Idmen B), où s'affirme une plus grande régularité rythmique. La partie A évolue dans une structure musicale irrégulière, pour aboutir à une sorte de mouvement perpétuel. La parti B, quant à elle, est caractérisée par un rythme de bongo régulier que vient briser la grosse caisse par des accents décalés, les cinq wood-blocks interrompant plusieurs fois le discours dans un tempo plus rapide. À part de très rares exceptions, la nuance est toujours fff.

L'écriture que Xenakis fait subir à la percussion ne cherche pas de solutions dans les résonances, elle se limite volontairement à l'impact. Comme chez Varèse, le grand précurseur en la matière, l'emploi des percussions est un des multiples moyens qu'utilise Xenaxis pour sortir des sentiers battus des hauteurs de sons traditionnels. Si une référence devait être choisie dans cette conception musicale, c'est moins dans notre civilisation mais plutôt dans le souvenir des musiques extra-européennes que l'œuvre de Xenakis semble s'enraciner, par sa violence toute primitive.

STELE

Comment faire émerger le mythe de la durée, une organisation cellulaire d'un flux obéissant à d'autres lois ? Comment esquisser dans la conviction et à l'orée du silence une inscription rythmique d'abord indiscernable puis enfin martelée dans une forme archaïque ? En composant une image m'est venue : celle d'archéologues découvrant une stèle et la dépoussiérant jusqu'à y mettre à jour une inscription funéraire.

PIANO PHASE

Piano Phase est le premier essai de Steve Reich pour appliquer ses découvertes sur le phasing faites avec It's Gonna Rain (1965) et Come Out (1966), non plus seulement à des enregistrements sur bande magnétique auxquels il se sentait alors « trop lié », mais à de vrais instruments qui pourraient les réaliser en direct. Reich avait déjà effectué un essai hybride avec Reed Phase (1966), en combinant un instrument (un saxophone soprano) et une bande magnétique. Il écrit à la fin de l'année 1966, les premières versions de Piano Phase qui s'inscrivent dans cette même idée de réaliser de la musique de phase à partir d'un instrument et d'une bande magnétique.

N'ayant pas à sa disposition deux pianos, Reich a tout d'abord abordé la composition seul, en enregistrant tout d'abord la partie de piano sur une bande magnétique, puis en essayant de jouer avec la bande en décalant d'une frappe le motif de douze notes. L'expérience lui procure une grande satisfaction, lui montrant qu'un musicien peut parfaitement, avec de la concentration, se substituer à la machine. Cela se révèle aussi une expérience de jeu agréable, qui tout en étant parfaitement déterminée à l'avance, ne nécessite pas de lire la partition, le musicien pouvant jouer principalement à l'écoute3. Piano Phase est aussi la première œuvre officielle4 de Steve Reich composée pour instrument seul et se passant de l'utilisation de sons enregistrés.


Début 1967, lors de la première de Reed Phase à la Fairleigh Dickinson University, Reich et un ami musicien, Arthur Murphy, ont la possibilité d'expérimenter Piano Phase sur deux pianos lors d'un concert en direct. Reich découvre à cette occasion qu'il est parfaitement possible de se passer de bande magnétique et de réaliser des processus de phasing sans aide mécanique. Reich a expérimenté plusieurs versions, y compris une version pour quatre pianos électriques intitulée Four Pianos datant de mars 1967, avant de se décider pour une version définitive de la pièce écrite pour deux pianos. La création de la version pour quatre pianos a été effectuée le 17 mars 1967 à la Park Place Gallery par Art Murphy, James Tenney, Philip Corner et le compositeur.

Bien qu'écrite pour deux pianistes, Piano Phase peut être interprétée par un musicien seul jouant simultanément sur deux pianos, requérant une concentration exceptionnelle. La première exécution en solo a été réalisée par Rob Kovacs au Baldwin-Wallace College en 2004, d'autres pianistes, comme Peter Aidu le suivront.

CONTINUUM

Composée en janvier 1968, à la demande d'Antoinette Vischer, la pièce est techniquement conçue pour le clavecin. Il faut jouer dans la même position sur les deux claviers. D'où les effets « couverts », parfois même des intonations, mais l'une poussant l'autre et sans mouvement réel. Un mouvement « idéal » provient alors de la superposition des tonalités, comme deux vagues qui s'accordent l'une l'autre puis se repoussent. Il est possible de jouer encore plus vite au clavecin qu'au piano, avec une grande rapidité, avec une légèreté extrême du toucher. Cette vitesse aboutit à la fusion des sons successifs, de telle manière que le vol du prestissimo donne l'impression d'une quasi immobilité. Mais cette immobilité, si souvent reconnue dans mes oeuvres, cliquette et bourdonne ici comme un fantôme, cela grâce au clavecin.


PSAPPHA

Pièce pour percussion solo, au large effectif instrumental (cinq groupes). Mais ce n'est pas à la couleur sonore que s'intéresse Xenakis, qui ne spécifie d'ailleurs pas précisément les instruments, mais donne seulement des indications de matière et de registre. Ce n'est pas non plus à proprement parler sur le travail purement rythmique que se fonde la composition. Pas de valeurs complexes chères aux sériels ou de subtiles superpositions de rythmes. Le discours s'organise sur une pulsion régulière, même si elle varie au cours de la pièce, toutes les parties s'y référant nettement.

Ce à quoi le compositeur s'attache, en revanche, c'est à un travail de variation de densité des différents groupes, sur le plan tant vertical qu'horizontal, exigeant de l'exécutant une grande virutosité, le charme de la musique semblant paradoxalement émaner de l'ascétisme sonore et rythmique, qui lui confère un aspect quasi incantatoire.

Ce sont les bois et les peaux qui ouvrent la pièce. Une première section se développe à partir d'un dialogue entre le groupe médium, d'abord dominant, et le groupe aigu au rythme plus vif, qui prend progressivement le dessus, mais se trouve brutalement interrompu par le groupe grave, très agressif. Les trois groupes semblent alors s'équilibrer, aboutissant à une section basée sur un seul instrument de chaque groupe, trouant violemment le silence devenu prépondérant. Le mouvement reprend alors, intégrant les métaux, tandis que le discours utilise de plus en plus fréquemment les répétitions et se resserre progressivement en roulements prolongés. C'est alors qu'en émerge l'instrument le plus grave, en un battement régulier et soutenu, aux accents violents et irréguliers, qui conclut en force la pièce, soutenu pas les métaux aigus qui ne font leur apparition qu'à ce moment.

NAGOYA MARIMBAS

..."Nagoya Marimbas (1994) est quelque peu similaire à mes pièces des années 1960 et 1970 en ce sens qu'il y a des motifs répétés joués sur les deux marimbas, un ou plusieurs battements décalés, créant une série de deux canons à l'unisson. Cependant, ces modèles sont plus développés mélodiquement, changent fréquemment et chacun est généralement répété pas plus de trois fois, semblable à mon travail plus récent. La pièce est également considérablement plus difficile à jouer que mes précédentes et nécessite deux interprètes virtuoses"... (Steve Reich)

 

 

Festival Messiaen au Pays de la Meige

Créé en 1998 avec 4 concerts, le festival Messiaen au Pays de la Meije est aujourd'hui devenu un rendez-vous majeur de la musique contemporaine. Chaque été, en juillet, une programmation audacieuse alliant les chefs d'œuvres du 20ème siècle aux vents de la création nouvelle se décline en une quinzaine de concerts pendant 9 jours.

L'interprétation brillante de musiciens confirmés ou à suivre prend toute sa dimension dans le site remarquable qui les accueille : La Grave, un village haut-alpin de 500 habitants perché à 1500 m d'altitude, face au spectaculaire massif de la Meije. C'est là qu'Olivier Messiaen puisa son inspiration pour composer certaines de ses plus grandes œuvres. Un environnement naturel exceptionnel où richesse et majesté s'épanouissent en toute simplicité. « Les paysages puissants et solennels de La Grave, face aux glaciers de la Meije, sont ma vraie patrie » disait-il...

Cet événement hommage voué au maître et à ses disciples est non seulement engagé avec la mémoire mais aussi avec l'avenir. Chaque édition est l'occasion de découvrir des créations mondiales et des talents nouveaux grâce à des collaborations fécondes avec les grands compositeurs actuels, l'Ircam (institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique), le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et et le Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon.

De l'héritage précieux à l'avenir audacieux, la transmission est au cœur des actions : concerts, conférences, accueil de jeunes musiciens en résidence, randonnées didactiques, ateliers pédagogiques... Le festival Messiaen au Pays de la Meije donne à voir, à comprendre et à entendre !

  • Office de Tourisme de La Grave La Meije Villar d'Arène 05320, La Grave, France
  • web

Rémi Durupt

Premier prix au Concours International « Giancarlo Facchinetti » de direction d’orchestre à Brescia en 2018 et lauréat de plusieurs concours internationaux en percussion, dont celui de Genève en 2009, Rémi Durupt, tel un « scruteur de sons », a su s’ouvrir à diverses formes d’expression musicale, de l’interprétation du répertoire à la composition électronique en passant par l’improvisation libre. Son éclectisme le fait collaborer en France et à l’étranger avec des ensembles contemporains aux projets musicaux divers (Links, Onceim – orchestre d’improvisation, Paris Percussion Group, Eklekto, Linéa, Warning) et être à l’origine de collaborations sur de nouvelles oeuvres solo, musique de chambre et pour ensemble (V. Cordero, F. Bedrossian, S. Rivas, L. Durupt, O. Rumbau, J. Tejera).

Il a dirigé ainsi l’ensemble Linéa, Dedalo et Umze lors d’académies musicales et est directeur musical de l’ensemble Links (Paris), l’amenant sur les plus belles scènes nationales françaises (Philharmonie de Paris, Arsenal de Metz, Le Havre, Rouen, Dunkerque, Perpignan) et dans de multiples festivals (Days Off de Paris, Folles Journées de Nantes, Festival de La Meije, Nuits Sonores de Lyon, Les Detours de Babel de Grenoble, Festival Marathon de Paris). Il se produit également en tant que soliste et chambriste dans de prestigieuses salles internationales telles le Victoria Hall de Genève, le Geistag de Munich, la salle Bourgie de Montréal, aux USA (Austin, Atlanta, Salt Lake City) ainsi qu’à Barcelone et à Palma de Majorque, désirant faire partager la musique d’aujourd’hui. En résidence artistique en Floride en 2014 durant 4 mois, Rémi Durupt a collaboré avec l’université « Florida Institute of Technology » et des orchestres constitués pour l’occasion sur des oeuvres autour de l’écriture graphique et de l’improvisation collective.

Il s’est formé auprès de Laurent Gay (Genève), de Nicolas Brochot (Evry), de Jean-Philippe Wurtz (Académie Linéa de Strasbourg), de Peter Eötvös (Académie de Royaumont et de Budapest), de Vittorio Parisi (Dedalo Ensemble Academy), auprès duquel il obtiendra le prix « B. Bettinelli » lors de la réstitution de son travail durant l’académie et enfin de Enno Poppe (Ensemble Modern Academy). Rémi Durupt s’est également formé auprès d’artistes passionnants (percussionnistes, compositeurs, pédagogues, improvisateurs) dans les conservatoires de Strasbourg, Genève et Paris (Jean Geoffroy, Emmanuel Séjourné, William Blank, Yves Brustaux, Alexandros Markeas, Vincent Lequang, Jens MacManama, Jean-Yves Bernhard).

Il enseigne actuellement au CRD de Mantes-La-Jolie et au Pôle Supérieur Poitou-Charentes CESMD (Tours).

  • Percussions
  • web

Lucas Genas

Percussionniste éclectique, oeuvrant principalement dans le vaste domaine des musiques contemporaines, Lucas Genas cherche constamment à renouveler les expériences musicales et artistiques. Son parcours d'études au Conservatoire de Lyon auprès de Jean-Luc Rimey Meille, puis à Genève auprès d'Yves Brustaux, Jean-Geoffroy, Philippe Spiesser et Christophe Delannoy l'a ouvert à de nombreuses esthétiques et pratiques musicales, telles que le théâtre musical, les musiques électroniques, l'improvisation, l'orchestre, la musique de chambre…

Musicien au sein du Lemanic Modern Ensemble depuis 2012, Lucas joue sous la direction de William Blank, Pierre Bleuse, Jean Deroyer, Bruno Mantovani, ou aux côtés de Fanny Ardant, Pierre Stéphane Meugé, Philippe Spiesser. Avec l'Ensemble Links et les danseurs de la compagnie MAD / Sylvain Groud, il tourne pendant plus de quatre ans deux projets autour de Steve Reich, Drumming et Music for 18 Musicians. Enfin, il collabore depuis 2010 avec le collectif genevois Eklekto, autour de créations et performances de compositeurs tels que Ryoji Ikeda, Alexandre Babel, Thomas Meadowcroft, Sven-Ake Johansson, Jacques Demierre, Andrew Noble.

Sa curiosité et son goût pour les expériences sonores l'ont amené à explorer de façon approfondie le champ du théâtre musical. Il participe ainsi à plusieurs spectacles aux côtés de Françoise Rivalland, Jos Houben et Gaston Sylvestre, autour des musiques de Georges Aperghis et Mauricio Kagel.

En musique de chambre, Lucas explore également différentes formes, notamment en duo de percussion avec Rémi Durupt, avec orgue (Humberto Salvagnin), ou avec électronique (David Poissonnier, ingénieur du son).

Ces projets l'ont conduit dans de nombreux festivals : Aujourd’hui Musique (Perpignan), Archipel (Genève), Festival Olivier Messiaen (La Meije), Les Folles Journées (Nantes), Marathon ! (Paris), Festival d'Avignon, La Bâtie (Genève), Les Jardins Musicaux (Cernier), Biennale Musiques en Scène (Lyon), MGEM (Marseille), Nuits Sonores (Lyon), Société de Musique Contemporaine (Lausanne), Les Détours de Babel (Grenoble), Gaida Festival (Vilnius), Mladi Levi Festival (Ljubjana), Internationale Orgelwoche Nürnberg (Nuremberg), Théâtre du Luxembourg, Tanzfestival Rhein-Main (Darmstadt), Kyoto Experiment Festival (Japon), Festival Lang Tang (île de la Réunion)…

Lucas construit également un travail discographique : Music For Percussion, de Ryoji Ikeda, par Eklekto paraît sous le label Vinyl Factory en 2017. You Must Think First, disque pour percussion solo, sort sous le label Alliage Sonore en 2018.

Passionné par l'enseignement, Lucas est professeur assistant à la Haute Ecole de Musique de Genève de 2011 à 2014. Actuellement, il enseigne la percussion au Conservatoire de Musique d'Annemasse. Il est également initiateur du Week End Percussif !, événement rassemblant environ soixante élèves et professeurs percussionnistes de Haute Savoie chaque année depuis 2015.

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